L’ennui au lit

Il est des femmes avec qui je me suis ennuyé au lit. Soit par la répétition sans fantaisie de nos rencontres, soit dès la première nuit.

Je me souviens de Nathalie, ma petite amie régulière avant de connaître la mère de mes enfants. Elle était une bonne copine d’une fille que je draguais sur le Minitel, dans la ville où j’étais parti vivre après avoir quitté Paris. Cette fille ne voulait pas de moi mais, altruiste, m’avait branché sur Nathalie.

Après une approche culturelle en règle – invitation au cinéma – je la raccompagnais jusque chez elle. Plus précisément à l’entrée de son immeuble où il m’a fallu parlementer une dizaine de minutes pour mériter d’arriver à son appartement où j’allais enfin me jeter sur son canapé et sur elle. Elle fut vite nue – mais pas moi – et je la caressais longuement pour trouver comment la faire jouir. Un voyage laborieux. Je mettais ces difficultés sur le compte du stress de la première fois, même si cet état de stress me semblait surprenant chez celle qui s’était d’emblée vantée que je sois son « vingt-huitième mec ».

Je n’ai jamais vécu avec elle à son grand dam, j’allais dormir chez elle deux ou trois fois par semaine, dont le week-end, pour découvrir essentiellement l’art de s’ennuyer au lit, avec la dignité qui sied à la relation régulière. Devenu son « copain de pieu », désignation empruntée à la copine qui nous avait branchés et qui avait disparu depuis, je devais en fait me plier à un protocole précis pour lui donner son plaisir : la déshabiller rapidement, me déshabiller encore plus vite, l’enlacer sous la couette, caresser un peu ses seins – qui étaient magnifiques – caresser son corps en la prenant en missionnaire, puis changer pour la position de la cuillère où doucement je la menais à l’orgasme en bougeant le moins possible en elle tout en caressant son clitoris. Le tout en moins d’un quart d’heure chrono. Elle était heureuse et s’endormait vite.

Je ne me souviens pas de mes orgasmes avec Nathalie. Je ne me souviens que de l’ennui de ce protocole orgasmique efficace mais si répétitif, du sexe qui ne se pratiquait que sous la couette, des interdictions absolues telle la sodomie dont la seule évocation était satanique.

Un ennui abyssal, je la voyais comme un record absolu d’ennui au lit à ne plus jamais reproduire, record que j’ai pourtant pulvérisé immédiatement à la suite avec sa meilleure amie, devenue la mère de mes enfants.

 

[Crédit photo : Baudoin]

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